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Procédures collectives

Mon commerce ne peut plus payer ses dettes : que faire ?

Laurent FerracciPar Laurent Ferracci··18 min de lecture
Illustration aux couleurs du cabinet Kyros : une boutique, un sablier et une balance de justice, figurant le commerce en difficulté, le compte à rebours des 45 jours et la procédure collective

Le loyer du local, les cotisations URSSAF, les factures des fournisseurs : les échéances s'accumulent, la trésorerie ne suit plus, et une question s'impose : que se passe-t-il si vous ne pouvez plus payer ? La réponse dépend presque entièrement d'un seul critère juridique (êtes-vous, ou non, en cessation des paiements) et d'un facteur que vous maîtrisez encore : le moment où vous agissez. Tant que vous gardez l'initiative, la loi vous ouvre des outils confidentiels et souples pour renégocier vos dettes. Une fois la cessation des paiements installée, l'horloge des 45 jours démarre et les options se referment. Voici comment situer votre situation, quelles procédures existent, et ce que vous risquez personnellement, pour décider en connaissance de cause plutôt que dans l'urgence subie.

En bref. Trois grandes voies s'offrent au dirigeant en difficulté, et le partage se fait sur un seul critère, la cessation des paiements. Tant que vous n'y êtes pas, vous pouvez négocier à l'abri du regard de vos concurrents grâce au mandat ad hoc ou à la conciliation, ou vous placer sous la protection d'une procédure de sauvegarde. Dès que vous ne pouvez plus faire face à vos dettes exigibles avec vos liquidités, vous entrez dans le champ du redressement judiciaire (si un redressement reste possible) ou de la liquidation judiciaire (s'il ne l'est plus). La règle d'or ne change pas : plus vous agissez tôt, plus vous avez d'options.

Suis-je en cessation des paiements ? Le point de bascule

Tout part de là. La cessation des paiements n'est pas une impression de difficulté, c'est une définition précise : l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible (article L.631-1 du Code de commerce). Autrement dit, on compare ce que vous devez payer immédiatement (dettes échues, non contestées, que vos créanciers réclament) à ce dont vous disposez tout de suite (liquidités, découvert autorisé, réserves de crédit mobilisables).

La distinction qui compte : une trésorerie tendue n'est pas une cessation des paiements. Si vous avez encore un découvert autorisé disponible, une ligne de crédit ouverte, ou si un créancier vous a accordé un délai, ces éléments entrent dans votre actif disponible et peuvent suffire à écarter la cessation des paiements. Le retard sur une échéance isolée, alors que vous disposez par ailleurs des moyens d'y faire face, ne bascule pas non plus votre entreprise dans la cessation des paiements.

Concrètement, posez-vous la question de façon comptable : à cet instant, si tous mes créanciers dont la dette est échue exigeaient d'être payés, pourrais-je le faire avec ce que j'ai réellement mobilisable aujourd'hui ? Si la réponse est non, et que ce n'est ni passager ni couvert par une réserve de crédit, vous êtes vraisemblablement en cessation des paiements. Ce diagnostic n'est pas un détail administratif. Il commande tout le reste : les procédures qui vous sont ouvertes, celles qui vous sont désormais interdites, et le délai dans lequel vous devez agir.

Une illustration chiffrée le rend tangible. Un restaurant doit deux mois de cotisations URSSAF, la TVA du trimestre, un loyer échu et plusieurs factures de fournisseurs, soit 40 000 € exigibles immédiatement. Ses liquidités, découvert autorisé compris, s'élèvent à 15 000 €, et aucun concours bancaire supplémentaire n'est mobilisable : le passif exigible excède l'actif disponible, la cessation des paiements est caractérisée et le délai de déclaration commence à courir. Si, à l'inverse, la banque avait confirmé par écrit une ligne de trésorerie couvrant ces échéances, cette réserve de crédit entrerait dans l'actif disponible et écarterait la cessation des paiements.

Agir tôt : mandat ad hoc et conciliation

Ce sont les meilleures cartes du jeu, et elles se jouent avant la cessation des paiements, ou juste à son seuil. Discrètes, souples, pilotées par vous et non par le tribunal, ces procédures préventives visent un seul objectif : renégocier vos dettes avec vos principaux créanciers avant que la situation ne se dégrade.

Le mandat ad hoc

À votre demande, le président du tribunal désigne un mandataire ad hoc dont il fixe la mission (article L.611-3 du Code de commerce). Ce professionnel, souvent un administrateur judiciaire expérimenté, vous aide à négocier des délais ou des remises avec vos créanciers les plus importants (banque, principaux fournisseurs, bailleur). Aucune condition de cessation des paiements n'est exigée : vous pouvez y recourir dès les premiers signaux. Et surtout, la procédure est confidentielle (article L.611-15 du Code de commerce) : ni vos clients, ni vos concurrents, ni le reste de vos partenaires n'en sont informés. Vous gardez la main sur votre entreprise du début à la fin.

La conciliation

Plus encadrée, la conciliation s'adresse à l'entreprise qui éprouve une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, et qui n'est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours (article L.611-4 du Code de commerce). Un conciliateur désigné par le tribunal favorise la conclusion d'un accord avec vos créanciers. Cet accord peut être simplement constaté, ou homologué par le tribunal, ce qui lui confère une force particulière et protège les créanciers qui apportent de l'argent frais.

Le message à retenir : ces deux procédures sont vos meilleurs leviers, mais leur fenêtre se referme avec la cessation des paiements. Passé le seuil, et surtout passé 45 jours au-delà, la conciliation n'est plus accessible et l'on entre dans le champ des procédures collectives.

Les trois procédures collectives : sauvegarde, redressement, liquidation

Lorsque la négociation amiable ne suffit plus, ou lorsque la cessation des paiements est là, le droit organise trois procédures collectives. Elles partagent une mécanique commune mais s'ouvrent dans des situations différentes. Le tableau ci-dessous les situe ; les paragraphes qui suivent les détaillent.

Les trois procédures collectives, distinguées par la cessation des paiements

ProcédureCessation des paiements ?ObjectifQui garde la main ?
SauvegardeNon (difficultés insurmontables)Réorganiser avant l'échecLe dirigeant
Redressement judiciaireOui, mais redressement possibleSauver l'activité et les emploisDirigeant assisté / administrateur
Liquidation judiciaireOui, et redressement impossibleRéaliser l'actif, apurer le passifLe liquidateur

La sauvegarde

La procédure de sauvegarde est ouverte au débiteur qui, sans être en cessation des paiements, justifie de difficultés qu'il n'est pas en mesure de surmonter (article L.620-1 du Code de commerce). C'est la procédure de l'anticipation : vous demandez au tribunal une protection (le gel de vos dettes, l'arrêt des poursuites) pour vous réorganiser pendant que l'entreprise fonctionne encore. Vous restez aux commandes, assisté d'un administrateur. C'est la voie la plus favorable au dirigeant, mais elle suppose d'agir avant d'avoir franchi le seuil de la cessation des paiements.

Le redressement judiciaire

Le redressement judiciaire s'ouvre lorsque vous êtes en cessation des paiements mais que le redressement de l'entreprise n'apparaît pas impossible (article L.631-1 du Code de commerce). Le tribunal ouvre une période d'observation pendant laquelle l'activité se poursuit, le passif antérieur est gelé et un bilan économique et social est dressé. Elle débouche, en cas de succès, sur un plan de redressement échelonnant le remboursement des dettes, parfois sur plusieurs années. Les modalités, la durée et les chances de survie font l'objet d'un article dédié de ce dossier.

La frontière entre redressement et liquidation se joue sur ce caractère « manifestement impossible », et une difficulté grave ne suffit pas à la franchir. La résiliation du bail commercial d'un restaurant, par exemple, ne condamne pas à elle seule l'entreprise à la liquidation : tant que le fonds conserve une valeur et que l'activité peut être maintenue le temps d'organiser une cession ou de retrouver un local, le redressement demeure envisageable. L'appréciation appartient au tribunal, et elle dépend étroitement de la manière dont la situation lui est présentée.

La liquidation judiciaire

La liquidation judiciaire est prononcée lorsque vous êtes en cessation des paiements et que le redressement est manifestement impossible (article L.640-1 du Code de commerce). L'activité cesse (sauf maintien provisoire pour préparer une cession), un liquidateur réalise l'actif et répartit le produit entre les créanciers selon leur rang. Pour les petites structures (peu de salariés, actif limité), la loi prévoit une liquidation judiciaire simplifiée, plus rapide, que nous détaillons dans l'article consacré à la liquidation et à ses conséquences pour le dirigeant.

Trois effets sont communs à ces procédures, et ils sont protecteurs : l'arrêt des poursuites individuelles (vos créanciers ne peuvent plus vous saisir isolément), le gel du passif antérieur (les dettes nées avant le jugement d'ouverture sont figées et devront être déclarées), et l'interdiction de payer les créances antérieures. Ce sont ces effets qui font de l'ouverture d'une procédure, souvent vécue comme une défaite, un véritable bouclier.

Déposer le bilan : la déclaration de cessation des paiements

« Déposer le bilan », dans le langage courant, désigne une formalité juridique précise : la déclaration de cessation des paiements. C'est l'acte par lequel le dirigeant informe le tribunal qu'il ne peut plus faire face à son passif exigible, et demande l'ouverture d'un redressement ou d'une liquidation.

Le délai est de 45 jours à compter de la cessation des paiements, sauf si vous avez demandé dans ce même délai l'ouverture d'une conciliation (article L.631-4 du Code de commerce). Ce délai n'est pas indicatif : le déclarer en retard peut être retenu contre vous au titre des fautes de gestion (voir plus bas). La déclaration se dépose au greffe du tribunal de commerce compétent pour les commerçants et les sociétés commerciales (à Montpellier pour les entreprises de l'Hérault), et s'accompagne d'un dossier : comptes annuels, état chiffré des créances et des dettes avec la liste des créanciers, situation de trésorerie, nombre de salariés.

Vous n'êtes pas le seul à pouvoir déclencher la procédure. Un créancier impayé peut assigner votre entreprise en redressement ou en liquidation, et le ministère public peut également saisir le tribunal. C'est une raison de plus d'agir vous-même : garder l'initiative, c'est choisir le moment, préparer le dossier et souvent orienter l'issue, plutôt que de subir la procédure décidée par un tiers.

Après la déclaration vient le jugement d'ouverture, qui fixe la date de cessation des paiements et désigne les organes de la procédure (juge-commissaire, mandataire, administrateur le cas échéant). Ce jugement fait l'objet d'une publicité au BODACC dans les quinze jours (article R.621-8 du Code de commerce, applicable au redressement et à la liquidation par renvoi). S'ouvre alors, selon les cas, la période d'observation ou les opérations de liquidation.

Liquidation amiable ou procédure collective ? Le test de la cessation des paiements

Beaucoup de dirigeants qui veulent « fermer » leur société pensent pouvoir le faire par une simple décision. C'est vrai, mais à une condition que presque personne ne pose clairement : il faut que la société soit encore solvable.

Tant que votre société est in bonis (elle n'est pas en cessation des paiements), vous pouvez la fermer volontairement par une dissolution anticipée décidée par les associés (article 1844-7 du Code civil), suivie d'une liquidation amiable : la société subsiste le temps de payer ses dettes et de partager le solde entre les associés (article L.237-2 du Code de commerce). C'est une fermeture choisie, maîtrisée, sans tribunal.

Mais dès que la société est en cessation des paiements, cette voie amiable est fermée. Vous ne pouvez plus décider seul de liquider : la loi impose la bascule vers une procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire), à déclarer dans les 45 jours. Le même critère, la cessation des paiements, sépare donc deux mondes : celui de la fermeture volontaire et celui de la procédure judiciaire subie. Nous détaillons ce carrefour, et la façon de choisir la bonne porte, dans notre guide dédié à la fermeture d'une société (liquidation amiable ou judiciaire).

Ce que vous risquez, vous, dirigeant

Une idée reçue coûte cher : croire que le sort de la société est le vôtre. En principe, dans une société à responsabilité limitée, les dettes sociales restent celles de la société. Mais trois mécanismes peuvent atteindre votre patrimoine personnel, et ils pèsent d'autant moins lourd que vous avez agi tôt et de bonne foi.

La caution personnelle

C'est, en pratique, le premier point d'exposition. Si vous vous êtes porté caution des dettes de la société (le plus souvent au profit de la banque), la procédure collective de la société ne vous libère pas : le créancier peut se retourner contre vous personnellement. C'est souvent l'enjeu financier le plus lourd pour le dirigeant, et il existe de vrais moyens de défense. Nous y consacrons un article entier : comment se défendre face à la banque quand on est caution du dirigeant.

La responsabilité pour insuffisance d'actif

En cas de liquidation judiciaire faisant apparaître une insuffisance d'actif, le tribunal peut condamner le dirigeant à en supporter tout ou partie lorsqu'une faute de gestion y a contribué (article L.651-2 du Code de commerce). Deux garde-fous importants : la simple négligence dans la gestion n'engage pas cette responsabilité, et l'action se prescrit par trois ans à compter du jugement de liquidation. Déclarer tardivement la cessation des paiements, en revanche, ou poursuivre une activité déficitaire en connaissance de cause, sont typiquement les fautes de gestion sanctionnées.

La faillite personnelle et l'interdiction de gérer

Dans les cas les plus graves, le tribunal peut prononcer une faillite personnelle ou, à sa place, une interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler une entreprise (article L.653-8 du Code de commerce). Ces sanctions visent des comportements caractérisés : détournement d'actif, poursuite abusive d'une exploitation déficitaire, absence de comptabilité. Le dirigeant de bonne foi qui déclare à temps et coopère avec les organes de la procédure n'est pas dans cette cible.

Le fil rouge de ces trois risques est le même : agir tôt et de bonne foi les réduit. C'est aussi ce qui distingue le dirigeant qui pilote sa difficulté de celui qui la subit.

Et vos salariés ?

Leurs salaires impayés ne disparaissent pas avec les difficultés de l'entreprise. Tout employeur de droit privé assure ses salariés contre le risque de non-paiement des sommes dues au titre du contrat de travail en cas de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire : c'est la garantie AGS (article L.3253-6 du Code du travail). Concrètement, l'AGS avance les salaires, indemnités et créances salariales que l'entreprise ne peut plus régler, dans les limites et plafonds prévus par la loi, à charge pour elle de se faire ensuite rembourser par la procédure.

Lorsque des licenciements économiques sont nécessaires, ils sont mis en œuvre dans le cadre de la procédure, sous le contrôle du mandataire judiciaire et selon un calendrier encadré. Ce volet (droits des salariés, ordre des paiements, calendrier des licenciements) mérite à lui seul un développement que nous consacrerons à un article dédié du cluster.

Combien de temps, et après ? Le droit au rebond

La procédure n'est pas un tunnel sans fin. En redressement, la période d'observation dure six mois, renouvelable, et le plan qui en résulte peut échelonner les paiements sur une durée pouvant atteindre dix ans. En liquidation, les opérations se poursuivent jusqu'à la réalisation de l'actif et la clôture.

Surtout, le droit organise un rebond. Lorsque la liquidation est clôturée pour insuffisance d'actif, les créanciers ne recouvrent en principe plus leur droit de poursuite individuel contre le débiteur, ce qui, pour l'entrepreneur, revient à un effacement des dettes non payées. Le rétablissement professionnel offre, pour les plus petites structures sans actif et sans salarié, une voie encore plus rapide d'apurement. Et les interdictions éventuellement prononcées ont un terme. L'échec d'une entreprise n'est pas une condamnation à vie : le système est conçu pour permettre de recommencer.

Pourquoi consulter un avocat dès les premiers signaux

Vous l'aurez compris en lisant ce qui précède : la quasi-totalité de vos marges de manœuvre se situe avant la cessation des paiements, et se compte parfois en jours. Consulter tôt, ce n'est pas anticiper l'échec, c'est se donner le choix.

Un avocat vous aide d'abord à poser le bon diagnostic : êtes-vous réellement en cessation des paiements, ou seulement en tension de trésorerie ? De cette réponse dépend tout le reste. Il vous permet ensuite de choisir la bonne procédure au bon moment, d'agir avant l'assignation d'un créancier qui vous ferait perdre l'initiative, de préparer votre dossier pour qu'il tienne devant le tribunal, de négocier un plan soutenable, et surtout de limiter votre exposition personnelle (caution, insuffisance d'actif). Enfin, dans les phases préventives, il agit à l'abri de la confidentialité : vos partenaires et vos concurrents n'ont pas à savoir.

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Questions fréquentes

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Cet article est rédigé par Laurent Ferracci, avocat au barreau de Montpellier depuis 2012 et co-fondateur du cabinet Kyros. Ancien directeur juridique d'une entreprise de plus de 1 000 salariés, il est titulaire d'un Diplôme d'Université en droit des entreprises en difficulté (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
Laurent Ferracci

Laurent Ferracci

Barreau de Montpellier

Avocat au barreau de Montpellier, co-fondateur du cabinet Kyros. Il intervient en droit commercial, droit des sociétés et baux commerciaux, et accompagne les commerçants et TPE dans leurs projets et leurs litiges.

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