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Baux commerciaux

Bail commercial : vos garanties désormais plafonnées à trois mois de loyer

Laurent FerracciPar Laurent Ferracci··7 min de lecture

Depuis la loi du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, le plafonnement des garanties du bail commercial s'applique : dépôt de garantie, caution, garantie autonome et nantissements ne peuvent plus dépasser, ensemble, un trimestre de loyer. Le plafond est d'ordre public, mais il ne vaut que pour les baux conclus ou renouvelés à compter du 26 mai 2026, pas pour les baux en cours.

Avant la loi du 26 mai 2026, le bail commercial ignorait tout plafond de garanties. Le bail d'habitation encadre depuis longtemps le dépôt de garantie ; le commerce, lui, relevait de la seule liberté contractuelle. Trois mois de dépôt étaient l'usage, mais rien n'empêchait un bailleur d'exiger en plus la caution personnelle (ou solidaire) du dirigeant, une garantie bancaire à première demande (GAPD) ou un nantissement, parfois pour toute la durée ferme du bail. Pour un commerçant qui démarre, ces garanties empilées immobilisent une trésorerie déjà tendue.

La loi de simplification de la vie économique met une limite à cette accumulation. Les sommes et sûretés exigées du preneur ne peuvent plus dépasser un trimestre de loyer. Voici ce que cela change, pour qui, et le point d'incertitude qu'il faut connaître avant de signer.

Le nouveau plafond du dépôt de garantie : un trimestre de loyer

La mesure complète l'article L. 145-40 du Code de commerce, dans sa rédaction issue de la loi du 26 mai 2026 :

« Les sommes payées à titre de garantie par le preneur à bail d'un local mentionné à l'article L. 145-32-1 ne peuvent excéder le montant des loyers dus au titre d'un trimestre. Il en va de même s'agissant de la valeur des biens, des titres, des engagements et des garanties de toute nature demandés afin d'assurer la bonne exécution du contrat de bail. Ces sommes ne portent pas intérêt au profit du preneur à bail. »

Le texte vise d'abord le dépôt de garantie, plafonné à trois mois de loyer. Il ajoute aussitôt « la valeur des biens, des titres, des engagements et des garanties de toute nature » : la caution solidaire du dirigeant, la garantie autonome à première demande (GAPD) et les nantissements entrent donc eux aussi dans le périmètre.

La mesure est d'ordre public (rattachée à l'article L. 145-15). Une clause du bail qui réclamerait davantage est réputée non écrite. Dernier point pratique : ces sommes ne produisent pas d'intérêt à votre profit, contrairement à l'ancien régime qui prévoyait des intérêts au-delà de deux termes de loyer payés d'avance.

Un plafond global, ou un plafond par garantie ?

C'est la vraie incertitude du texte, et personne ne l'a tranchée. Deux lectures s'affrontent.

Première lecture : un plafond unique, toutes garanties confondues. Dépôt de garantie, caution solidaire du dirigeant et garantie bancaire additionnés ne pourraient pas dépasser trois mois de loyer.

Seconde lecture : deux plafonds distincts, trois mois pour le dépôt de garantie, et trois mois supplémentaires pour les autres garanties.

Les travaux parlementaires penchent pour le plafond global. La commission mixte paritaire écrit avoir voulu « établir un plafonnement des garanties de toute nature pouvant être demandées par les bailleurs », et une version antérieure du texte parlait explicitement de trois mois « toutes garanties confondues ». La rédaction finale reste ambiguë, et il faudra sans doute attendre la Cour de cassation pour être fixé.

Exemple chiffré (dans la lecture du plafond global). Pour un loyer de 2 000 € par mois, le plafond est de 6 000 €, soit un trimestre, toutes garanties confondues. Concrètement :

Dans la lecture par garantie distincte, au contraire, on pourrait additionner trois mois de dépôt et trois mois de caution. On mesure l'écart entre les deux interprétations, et pourquoi il vaut mieux faire vérifier la combinaison prévue avant de signer.

L'enjeu n'est pas théorique. Dans la lecture globale, un dirigeant qui se portait caution personnelle pour toute la durée ferme d'un bail de neuf ans ne peut plus l'être que pour trois mois de loyer. Pour une société nouvelle sans patrimoine, c'est un changement considérable, qui rééquilibre nettement le rapport de force avec le bailleur. En attendant une décision de justice, mieux vaut faire analyser la combinaison de garanties prévue dans votre projet de bail.

Quels baux sont concernés ?

Deux limites encadrent le dispositif.

D'abord le type de local. Le plafond vise les mêmes locaux que la mensualisation du loyer : les locaux commerciaux ou artisanaux au sens fiscal. Sont donc exclus les bureaux à usage exclusif, les entrepôts et les professions libérales. Nous détaillons ce périmètre dans notre article sur la mensualisation.

Ensuite la date, et c'est décisif. Contrairement à la mensualisation, le plafond ne s'applique pas aux baux en cours. Il ne joue que pour les baux conclus ou renouvelés à compter du 26 mai 2026, date de promulgation de la loi. Si votre bail actuel impose six mois de dépôt de garantie, vous ne pouvez pas en exiger la réduction aujourd'hui : le plafond vous protégera à la signature d'un nouveau bail ou au renouvellement. Le Conseil d'État avait prévenu qu'appliquer la mesure aux baux en cours, c'est-à-dire raboter des garanties déjà constituées, posait un risque constitutionnel ; le législateur l'a suivi.

Ce que ça change pour vous, à la signature

Si vous négociez un bail commercial ou approchez de son renouvellement, le plafond devient un point de négociation à part entière. Le bailleur ne peut plus empiler les sûretés sans limite : vérifiez le total des garanties demandées (dépôt de garantie, caution solidaire, garantie bancaire) et confrontez-le au plafond d'un trimestre. Pour un dirigeant appelé à se porter caution, l'exposition personnelle est désormais bornée, du moins dans la lecture globale du texte.

La même réforme encadre aussi les délais de restitution du dépôt et sa transmission en cas de vente de l'immeuble. Ce sont d'autres sujets, que nous traiterons dans un prochain article.

Un projet de bail avec des garanties qui vous semblent lourdes ? Nous vérifions ce que la loi autorise vraiment et renégocions ce qui dépasse le plafond. Premier échange gratuit.

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Ce que nous vous conseillons

Nous voyons déjà circuler des projets de bail revus côté garanties, signe que les bailleurs intègrent la nouvelle limite. Côté preneur, le réflexe est simple : avant de signer, faites additionner toutes les garanties prévues et comparer le total au plafond légal. Si le bail réclame davantage, la clause est neutralisable. Sur la lecture global ou par garantie, qui reste discutée, un avis circonstancié évite de surévaluer comme de sous-évaluer votre marge de négociation. Pour le cadre général, voyez notre page dédiée aux baux commerciaux.

En bref

Questions fréquentes

Non. Le plafond ne vise que les baux conclus ou renouvelés à compter du 26 mai 2026. Pour un bail en cours, il jouera au renouvellement.

Pour un bail nouveau ou renouvelé, oui : les garanties de toute nature entrent dans le plafond. Reste la question, non tranchée, de savoir si la caution solidaire se cumule avec le dépôt dans une limite globale de trois mois ou dispose de son propre plafond.

Non. Pour un bail conclu ou renouvelé à compter du 26 mai 2026, la garantie autonome à première demande est une garantie « de toute nature » visée par le texte : elle entre dans le plafond d'un trimestre de loyer. La seule incertitude reste celle du cumul avec le dépôt de garantie et les autres sûretés.

C'est l'incertitude majeure du texte. Les travaux parlementaires penchent pour un plafond global, mais la rédaction reste ambiguë et aucune décision de justice n'a encore tranché.

Les locaux commerciaux ou artisanaux au sens fiscal, comme pour la mensualisation du loyer. Les bureaux à usage exclusif, les entrepôts et les professions libérales en sont exclus.

Non. Le texte précise que les sommes versées au titre de la garantie ne portent pas intérêt au profit du preneur.

Laurent Ferracci

Laurent Ferracci

Barreau de Montpellier

Avocat au barreau de Montpellier, co-fondateur du cabinet Kyros. Il intervient en droit commercial, droit des sociétés et baux commerciaux, et accompagne les commerçants et TPE dans leurs projets et leurs litiges.

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