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Fonds de commerce

Séquestre du prix de vente d'un fonds de commerce : durée, déblocage et comment récupérer votre argent

Polina BarakovaPar Polina Barakova··12 min de lecture

Vous avez signé la vente de votre fonds de commerce, l'acquéreur a versé le prix, et pourtant cet argent tarde à arriver sur votre compte : il est conservé par un tiers, parfois pendant plusieurs mois. C'est le séquestre du prix de cession. La plupart des explications disponibles le décrivent du point de vue de l'acheteur ; nous le prenons ici du vôtre, celui du vendeur qui attend son prix. Combien de temps ce blocage dure-t-il réellement ? Et surtout, par quels leviers concrets pouvez-vous récupérer l'argent de la vente de votre fonds plus tôt, y compris en forçant la main au séquestre lorsqu'il tarde ? Voici ce que prévoit le droit, et ce qui se joue dans votre dossier.

Pourquoi votre prix de vente est-il bloqué ?

Le séquestre consiste à confier le prix de cession à un tiers de confiance, le plus souvent l'avocat rédacteur de l'acte par l'intermédiaire de son compte CARPA, le temps de purger deux risques qui pèsent sur l'acquéreur.

Le premier tient au droit des créanciers du vendeur : une fois la vente publiée, ils peuvent exiger d'être payés sur le prix avant qu'il ne vous soit remis. Le second est la solidarité fiscale : l'administration peut réclamer à l'acquéreur certains impôts dus par le cédant au titre de son activité. L'acheteur a donc un intérêt direct à ne pas vous verser le prix tant que ces deux risques ne sont pas levés.

Le séquestre n'est pas une sanction, et il n'est pas imposé par la loi : c'est la pratique qui le rend quasi systématique. Le Code de commerce se borne à rendre le paiement direct dangereux pour l'acheteur. Celui qui réglerait le prix entre vos mains avant l'expiration des délais d'opposition « n'est pas libéré à l'égard des tiers » et s'expose à payer une seconde fois (article L.141-17 du Code de commerce). C'est cette règle qui explique le réflexe du séquestre.

Combien de temps dure le séquestre ?

Comptez en pratique 3 à 5 mois, mais la loi fixe un plafond précis. Le tiers détenteur du prix doit en faire la répartition dans un délai de 105 jours à compter de l'acte de vente, porté à 165 jours si la déclaration fiscale de résultat n'a pas été déposée à temps (article L.143-21 du Code de commerce). Les délais que vous lirez ailleurs (90 jours, 105 jours, cinq mois) ne se contredisent pas : ils mesurent des étapes différentes d'un même empilement. Voici la chronologie, du plus court au plus déterminant.

Chronologie des délais qui composent le séquestre

ÉtapeDélaiPoint de départTexte
Publicité de la vente (annonce légale + BODACC)15 joursDate de la venteC. com. L.141-12
Opposition des créanciers10 joursDernière publicationC. com. L.141-14
Mise à disposition de l'acte (surenchère)20 joursPublication au BODACCC. com. L.141-19
Avis de cession à l'administration fiscale45 joursPublicité de la venteCGI art. 201
Déclaration de résultat de cession60 joursPublicité de la venteCGI art. 201
Solidarité fiscale (le délai déterminant)90 joursDépôt de la déclaration de résultatCGI art. 1684
Répartition obligatoire du prix (plafond légal)105 jours (+60)Date de l'acte de venteC. com. L.143-21

Le délai d'opposition des créanciers : 10 jours

Dans la quinzaine de la vente, l'acquéreur publie la cession sur un support d'annonces légales du département, puis au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC) (article L.141-12 du Code de commerce). À compter de la dernière publication, vos créanciers disposent de dix jours pour former opposition au paiement du prix (article L.141-14). Passé ce délai sans opposition, ce premier risque est purgé ; en cas d'opposition, seule la fraction correspondant à la créance déclarée reste retenue.

La déclaration fiscale et la solidarité de 90 jours

La cession entraîne l'imposition immédiate des bénéfices non encore taxés. Vous devez aviser l'administration dans les 45 jours de la publicité, et la déclaration de résultat de cession doit être déposée dans les 60 jours (article 201 du Code général des impôts), en pratique par votre expert-comptable. C'est ce dépôt qui déclenche le délai le plus long : l'acquéreur peut être tenu solidairement du paiement de l'impôt afférent aux bénéfices de l'exercice de cession, dans la limite du prix, pendant 90 jours à compter du dépôt de la déclaration de résultat (article 1684 du Code général des impôts). Tant que ce délai court, le séquestre conserve le prix.

Pourquoi vous lisez « 90 », « 105 » ou « 150 jours »

Chaque chiffre mesure un segment différent. « 90 jours » correspond à la seule solidarité fiscale, comptée depuis la déclaration. « 105 jours » est le délai légal de répartition de l'article L.143-21, compté depuis l'acte de vente. « 150 à 165 jours » est le scénario le plus long, lorsque s'additionnent les délais et le retard de déclaration. Aucune de ces durées n'est inexacte : elles ne désignent pas le même point d'arrivée.

Les leviers pour récupérer votre argent plus vite

C'est la question qui compte pour le vendeur. Plusieurs leviers existent, et la plupart se préparent avant la signature, pas après.

Ne bloquer qu'une partie du prix dès l'acte

Aucune loi n'impose de séquestrer 100 % du prix. Le séquestre n'a de sens que pour couvrir le passif estimé (oppositions possibles et risque fiscal) ; le surplus peut vous être versé immédiatement. Concrètement, sur un prix de 200 000 € dont le risque est évalué à 80 000 €, l'acte peut prévoir le séquestre de cette seule somme et le versement immédiat des 120 000 € restants. Cette répartition se négocie avec l'acquéreur à la rédaction de l'acte : c'est le levier le plus simple, et le plus souvent oublié.

Réduire la solidarité fiscale de 90 à 30 jours

Le délai de solidarité fiscale tombe de 90 à 30 jours lorsque trois conditions sont réunies (article 1684 du CGI) :

  1. l'avis de cession a été adressé à l'administration dans le délai de 45 jours ;
  2. la déclaration de résultat de cession a été déposée dans le délai légal ;
  3. le cédant est à jour de ses obligations déclaratives et de paiement fiscales au dernier jour du mois qui précède la vente.

La clé tient au calendrier de la déclaration. Si votre expert-comptable dépose la déclaration de résultat le plus tôt possible, et non au dernier jour du délai, le compte à rebours de 30 jours démarre d'autant plus vite : vous récupérez votre prix environ deux mois plus tôt. Ces trois conditions se sécurisent en amont, avant la signature.

Cas particulier : vous ne cédez qu'un de vos établissements
Si votre société exploite plusieurs fonds et n'en cède qu'un seul tout en poursuivant son activité, la cession reste un fait générateur fiscal : l'article 201 du CGI vise la cession « en totalité ou en partie » d'une entreprise. Le bénéfice du délai court (30 jours) reste possible, mais il suppose d'isoler correctement le résultat du fonds cédé et de le déclarer dans les règles. C'est un point technique à cadrer avec votre expert-comptable et votre avocat. À défaut, c'est le délai de 90 jours qui s'applique.

Le déblocage partiel en cours de séquestre

Même lorsque le prix entier a été séquestré, il n'est pas toujours nécessaire d'attendre la purge de tous les délais. Lorsque le montant des oppositions et du risque fiscal est connu et inférieur au prix, le séquestre peut libérer par anticipation la fraction non contestée : vous récupérez l'essentiel, le solde restant retenu jusqu'à la levée complète des risques.

Contester une opposition abusive : le cantonnement et la mainlevée

Une opposition de créancier ne vous condamne pas à attendre passivement. Deux référés sont à votre disposition.

Si l'opposition est sérieuse mais que son montant gèle plus que nécessaire, vous pouvez, après le délai de dix jours, vous pourvoir en référé devant le président du tribunal pour toucher votre prix malgré l'opposition, à charge de consigner à la Caisse des dépôts une somme suffisante, fixée par le juge, pour répondre des causes de l'opposition (article L.141-15 du Code de commerce). C'est le cantonnement : seul le montant réellement en jeu reste bloqué, le reste vous est libéré.

Si l'opposition est « faite sans titre et sans cause ou nulle en la forme », vous pouvez saisir le même juge en référé pour en obtenir la mainlevée et toucher votre prix (article L.141-16 du Code de commerce). Une opposition gonflée ou injustifiée n'a donc pas à immobiliser tout votre prix.

Ce qui, au contraire, retarde le déblocage

Une opposition fondée, une inscription de privilège ou de nantissement non purgée, une déclaration fiscale déposée tardivement, une surenchère du sixième : chacun de ces événements prolonge le séquestre. La plupart s'anticipent, à condition de disposer d'un état des inscriptions à jour et d'un calendrier fiscal tenu dès la signature.

Quand le séquestre traîne : forcer la répartition en justice

C'est le levier que presque personne n'explique au vendeur, alors qu'il est inscrit dans la loi. Le tiers détenteur du prix doit répartir les fonds dans le délai de 105 jours (porté à 165 en cas de déclaration tardive) à compter de l'acte de vente. À l'expiration de ce délai, la partie la plus diligente, c'est-à-dire vous, peut se pourvoir en référé devant la juridiction du lieu d'élection de domicile, qui ordonne soit le dépôt à la Caisse des dépôts et consignations, soit la nomination d'un séquestre répartiteur (article L.143-21 du Code de commerce).

Autrement dit, passé le délai légal, un séquestre qui tarde sans raison n'est plus une fatalité. Vous disposez d'une voie rapide pour obtenir que votre prix soit, à défaut de vous être remis, au moins sorti des mains du détenteur et confié à un répartiteur ou consigné. Dans la grande majorité des dossiers, la seule perspective de ce référé suffit à débloquer la situation.

Peut-on vendre sans séquestre ? La dispense

Puisque le séquestre n'est pas obligatoire, les parties peuvent convenir de s'en dispenser : le prix est alors versé directement au vendeur. C'est juridiquement possible, mais l'acquéreur s'y refuse presque toujours, et pour cause : c'est lui qui prend le risque. En payant avant l'expiration des délais, il « n'est pas libéré à l'égard des tiers » (article L.141-17) et reste exposé aux créanciers opposants comme à la solidarité fiscale ; il pourrait devoir payer une seconde fois. La dispense n'a donc d'intérêt réel que dans des situations très précises (absence de passif et de risque fiscal, garanties solides), et elle se cadre dans l'acte. Pour le vendeur pressé de toucher son prix, le bon réflexe n'est pas de supprimer le séquestre mais d'en réduire l'assiette et la durée (voir les leviers ci-dessus).

Si ça tourne mal

Le séquestre sécurise aussi les scénarios d'accident. Si la vente est annulée, les fonds reviennent à l'acquéreur. Si le vendeur fait l'objet d'une procédure collective, le prix est remis au mandataire ou liquidateur judiciaire pour être réparti entre les créanciers selon leur rang. Si c'est l'acquéreur qui défaille, le sort des fonds dépend du stade de la cession. Dans tous les cas, l'intérêt du séquestre confié à un avocat est la traçabilité : les fonds sont identifiés et représentés à tout instant.

Qui peut être séquestre, et à quels frais

Le prix doit être confié à un tiers habilité à détenir des fonds pour le compte d'autrui : en pratique, l'avocat rédacteur de l'acte, via le compte CARPA (Caisse autonome des règlements pécuniaires des avocats), qui garantit la représentation et la traçabilité des fonds. La détention du prix ne peut pas être confiée à l'expert-comptable, dont la profession est incompatible avec tout mandat de recevoir ou conserver des fonds (article 22 de l'ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945).

Le séquestre est une mission rémunérée, distincte de la rédaction de l'acte. Les frais de séquestre sont généralement proportionnels au prix de cession, ou aux sommes effectivement distribuées lorsque le déblocage suppose de traiter des oppositions ou de purger un nantissement. Ils sont le plus souvent supportés par le vendeur, puisque le séquestre sert à régler ses propres créanciers et le fisc, mais cette répartition se négocie et figure dans l'acte. Chez Kyros, ces honoraires sont annoncés clairement en amont, dans le cadre global de la cession ; nous détaillons par ailleurs nos honoraires d'avocat pour une cession de fonds de commerce.

Questions fréquentes

Vous vendez votre fonds et votre prix est bloqué, ou sur le point de l'être ? Le cabinet Kyros, à Montpellier, sécurise vos délais et active les bons leviers, y compris en justice, pour vous faire récupérer votre argent au plus tôt.

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Polina Barakova

Polina Barakova

Barreau de Montpellier

Avocate au barreau de Montpellier depuis 2010, co-fondatrice du cabinet Kyros. Originaire de Bulgarie, Polina a suivi ses études de droit à l'université de Toulouse. Après une première expérience aux Antilles, elle reprend en 2013 le cabinet Jure & Facto, structure existant depuis 25 ans, qu'elle intègre au sein du cabinet Tréma Avocats. C'est de la fusion de leurs deux structures que naît le cabinet Kyros. Elle intervient principalement en droit des sociétés et en droit des affaires : création de sociétés, rédaction de statuts et de pactes d'associés, modifications statutaires, cessions de parts sociales, fusions et acquisitions. Sa clientèle est diversifiée : acteurs locaux, TPE, PME et sociétés de plus grande envergure.

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